mardi 3 mai 2016

Le vendu




Suis-je un vendu ? En tant que publicitaire, ne suis-je qu’un vulgaire petit vassal minable, inféodé à la machine qui bouffe les âmes ? Ne suis-je qu’un mercenaire à la solde des tendances, des vice-présidences et des objectifs trimestriels ? Ne suis-je qu’un bouffon qui fait son spectacle, sur demande, en espérant récolter un peu de pécule pour alimenter l’agence ? 

Suis-je celui qui fait la carpette quand un client potentiel lui demande, sans humanité, sans considération, scotché dans son petit pouvoir, de lui donner le fruit du travail de notre équipe sans qu’il ne daigne me dévoiler en retour ses règles du jeu ?

Non. Je ne suis pas celui-là.

Dire non, c’est le plus grand atout du publicitaire qui se respecte. Je ne parle pas ici de dire non en faisant la grosse tête, imbu de son propre talent. Je parle plutôt de dire non aux abuseurs narcissiques qui ne jouent pas franc-jeu. À l’agence, nous sommes prêts à nous défoncer à l’exposant mille pour gagner un « pitch », tant que les règles demeurent claires et que l’essence de notre travail est respectée. Nous assumons la part du risque dans le développement de nos affaires. 

Nous apprécions les gens francs, vrais, honnêtes et nous constatons quotidiennement qu’il reste assez de ce type d’individu pour qu’on vive bien. Mais le dirigeant opaque qui exige que je brade notre créativité quand lui, de son bord, ne ferait jamais le centième de ce qu’il me demande pour un de ses clients, lui, cet être emprisonné dans son ignorance, je suis vraiment tenté de mépriser sa posture psychologique. 


Mais je ne tombe pas dans le piège. Pas plus que je ne me laisse la liberté de juger son petit « standing » de parvenu inapte à réaliser le pathétique de sa cravate trop voyante ou de son utilisation compulsive d’un conditionnel indigne d’un enfant de la maternelle. Lui (ou elle, mais c’est plus souvent lui), je le laisse objectivement à son statut de roitelet du marché aux puces de St-Eustache. Et je l’abandonne à la concurrence (désolé les copines et les copains, c’est aussi ça l’économie de marché). 



Chez Camden, nous tentons de toucher l’inaccessible étoile du bon, du rentable et du beau. Je crois que la publicité peut porter une belle part de nos valeurs et transcender une quête artistique, en toute cohérence avec les marques. Nous pouvons, je l’espère vraiment, arriver à changer le visage de certains annonceurs TOUT en favorisant leur croissance. Et contrairement au vandalisme absolument inspirant de MissMe, montré en introduction, je suis convaincu que nous pouvons exploiter les médias payés, en toute légalité, en amalgamant le bien commun à l’ADN des annonceurs. 

Pas tout le temps. Peut-être pas souvent. Mais parfois oui. Et là, quand ça arrive et qu’on sent nos poils se dresser, en gang, dans la salle de conférence, en regardant en primeur le résultat final d’un message avant sa diffusion, je me dis bien égoïstement que je n’aurai peut-être jamais de yacht, comme certains dirigeants de grands réseaux d’agences, mais que cette fierté vaut cent fois plus. Car elle nous survivra.
Mathieu

jeudi 28 avril 2016

La vie pourpre

Il était 14h31, un samedi où j’apprenais encore à vivre une semaine sur deux sans mon fils. Malgré le soleil, malgré l’apparente liberté qui s’offrait à moi, malgré mes amis, malgré ma famille, malgré une agence florissante, j’étais enfermé en moi.



J’écoutais le dernier concert de Prince à Atlanta. Il avait été retrouvé sans vie deux jours auparavant dans un ascenseur. Prince mort, ramenant à ma mémoire des souvenirs de fêtes du Nouvel An en famille dans les années 80, à Ahuntsic sur la rue Berri; ramenant comme si j’y étais cette prestation de Purple Rain aux American Music Awards en 1985. J’avais 14 ans et à l’époque je ne comprenais pas pourquoi sa musique résonnait autant en moi. Il était 14h31 et j’étais à la fois en 1985 et en 2016. Ma vie était pourpre. Mon regard voilé.
Les départs de grands témoins de notre existence nous enlèvent un peu de ce que nous sommes. Ils révèlent notre propre impermanence.
Quand je suis revenu à mes esprits, une heure plus tard, j’ai compris. « I never meant to cause you any sorrow. I never meant to cause you any pain ». Aussi simple que ça. La culpabilité, la nostalgie: je suis mal conçu. Anachronique.


Prince Roger Nelson s’est immiscé dans ma vie avec son tube écorché, mais il s’y est incrusté parce qu’il refusait les compromis. Ni sur son art, ni sur son sexe, ni sur ses amours, ni sur ses amitiés. Il a chevauché le passé et redéfini une époque. Il a séduit avec ses yeux, sa voix, ses tripes et ses hanches. Sa teinte était unique. Elle m’habitera longtemps.
Mathieu


mardi 26 avril 2016

Un m(art)di dans la peau de Frida Kahlo

Véritable légende mexicaine habitée par la douleur et l’amour, Frida Kahlo a passé la majeure partie de son existence à caresser de nombreuses toiles à la peinture. Et si Frida délaissait un instant ses pinceaux pour la plume ? Imaginons…


Bienvenue Frida !

« Un jour d’été 1907, à Coyoacán, au Mexique, je vois pour la première fois la lumière. Bienvenue, Frida ! Un bonheur de courte durée puisque six années plus tard, mon enfance est soudainement saccagée par une maladie au nom quasi imprononçable : la poliomyélite. La jambe droite atrophiée, j’endure durant trop longtemps les moqueries de mes camarades de classe. J’ai un nouveau surnom : « Frida jambe de bois. »

« Il y a peu, quelques jours à peine, j'étais une petite fille qui marchait dans un monde de couleurs, de formes dures et tangibles. Tout n'était que mystère, tout cachait quelque chose; déchiffrer, apprendre, c'était un jeu plaisant. Si tu savais comme il est terrible de tout savoir soudain, comme si un éclair avait illuminé la terre. À présent, j'habite une planète douloureuse, transparente, comme de la glace, mais qui ne cache rien; c'est comme si j'avais tout appris en quelques secondes, d'un coup, d'un seul. »

Alors qu’on pourrait croire que la vie me laisserait un peu de répit, que le temps deviendrait mon ami, la tragédie vient, à 18 ans, heurter mon destin de plein fouet. Boum. Lors d’un accident d’autobus, mon corps est transpercé par un accoudoir de siège, ma colonne vertébrale est brisée. Et parce qu’un malheur n’arrive jamais seul, ma vie continuera d’être tachée de vicissitudes : plus de trente opérations chirurgicales, trois interruptions de grossesse et une amputation de la jambe.

L'attitude Frida !

Finalement, plus je vieillissais, plus je devenais ma propre tombe; comme tout le monde, me direz-vous ! Sauf que moi, j’avais déjà apposé des fleurs, juste là, sur ma tête. Même si je suis plus apte à supporter ma douleur qu’André Breton, celui-ci avait raison sur une chose : mon art est bel et bien « un ruban autour d’une bombe. » Contrainte à passer le plus clair de mon temps entre 4 murs, le meilleur moyen pour m’en échapper a été la peinture. En me prenant le plus souvent pour modèle, je racontais ma vie à travers des autoportraits, teintés d’évidence et de simplicité. Mes peintures sont simplement le reflet de la douleur que je me devais d’endosser. Pendant une période de ma vie, l’alcool a aussi été un allié fidèle. J’ai un jour promis à mon médecin que s’il me laissait boire de la téquila, je ne prendrais aucun verre à mon enterrement. Je savais que je tiendrais cette promesse.




Que les choses soient claires : je ne fais pas partie des surréalistes. Ce sont des « maudits intellectuels de mes deux (…), ces bons à rien. » Je n’ai jamais peint des rêves ou des cauchemars, j’ai toujours peint ma propre réalité. « J'aimerais que ma peinture et moi-même nous soyons dignes des gens auxquels j'appartiens et des idées qui me donnent de la force (...) J'aimerais que mon œuvre contribue à la lutte pour la paix et la liberté... »

Aujourd’hui, vous, qu’en pensez-vous ? Ai-je atteint mes objectifs ? Quoi qu'il en soit, je suis très heureuse d’avoir une salle qui porte mon nom et mon image chez Camden. »

Alena 

Source des citations : Frida Kahlo par Frida Kahlo : Lettres 1922-1954



vendredi 22 avril 2016

Le décalage

J’ai 44 ans, mais je me sens comme si j’en avais 31. Le gars que je regarde dans le miroir n’a rien à avoir avec celui que j’imagine évoluer à tous les jours. Nous ne pouvons nous définir en fonction du regard des autres, mais comment atteindre ses objectifs de vie si notre perception de nous-mêmes est foncièrement différente de celle de ceux qui nous observent ? 

Que ce soit par narcissisme ou par dévalorisation, d’un bord comme de l’autre, à différents niveaux, le décalage est omniprésent : des gens brillants n’osent pas affirmer leurs idées alors que d’autres, cons comme des balais, prennent tout le plancher en croyant avoir inventé le pain tranché. Se synchroniser n’est pas un aveu de faiblesse. C’est selon moi, bien au contraire, une première étape vers l’atteinte de nos objectifs de vie. C’est simple comme ça. Comment tracer la route menant à des résultats tangibles si nous sous-évaluons ou surévaluons le point de départ du parcours ?

En publicité, c’est un grave problème aussi. Des propriétaires de PME manquent souvent de recul par rapport à leur marque et ne la perçoivent pas fidèlement, aveuglés par le lien émotionnel quasi ombilical qui les lie à leur entreprise. Des directeurs marketing minimisent les efforts requis pour atteindre leurs objectifs ou compliquent tout. Un manque général de recherche marketing, tant qualitative que quantitative, mine le travail des publicitaires sur les comptes du Québec inc. Trop de produits créatifs sont fondés sur des prémisses qui, malheureusement, découlent de brefs biaisés par leurs émetteurs. 

Investissez dans la recherche. Sondez vos clients. Acceptez la douleur du jugement d’autrui. Tant pour vous que pour votre entreprise. Et si vous êtes créatifs, creusez, creusez encore, défiez et remettez en question les solutions toutes faites. Je vous promets que vous vous sentirez bien ensuite. 

La synchronisation fait parfois mal, mais elle vous sauvera. À chacun son scénario, mais de grâce, en toute lucidité, en toute vérité. Comme dans cette superbe publicité.

Mathieu

mardi 19 avril 2016

Un m(art)di avec Amy Winehouse

Nous l’avons mentionné à quelques reprises : Camden, notre agence, c’est une vibration, une énergie. C’est aussi une dynamique qui suit le rythme de plusieurs artistes légendaires, qui ont tous été, à un moment de leur vie, en rupture totale avec les conventions.

Dans nos bureaux - qui ont remporté un Grand Prix du Design 2016 - chaque salle porte le nom d’une personnalité. Les locaux sont alors une scène sur laquelle se réunissent Amy Winehouse, Jimi Hendrix, Nina Simone, Jean-Michel Basquiat, Frida Kahlo ou encore Kurt Cobain.
Aujourd’hui, je me plongerai dans l’univers d’une artiste emblématique de ma génération, Amy Winehouse. En quoi a-t-elle un lien avec notre agence ? Découvrez 5 particularités de la célèbre rehab girl de Camden Town qui rejoignent notre philosophie.



1. C-A-M-D-E-N
Amy – je l’appellerais ainsi pour alléger le texte, mais aussi parce que ça donnera l’impression que nous étions amies – partage un lieu évocateur en commun avec nous : Camden Town. Lieu de résidence de la vedette durant plusieurs années, ce quartier cosmopolite de Londres est aussi le bassin d’inspiration de notre agence. L’énergie et la dynamique du lieu ont grandement influencé le choix de notre nouvelle identité : de la diversité, de la spontanéité, de la liberté.


Zone de rencontre de multiples cultures alternatives (punk, gothiques, rock, etc.), Camden Town est aussi réputée pour son marché, Camden Lock, et son street art qui colore davantage le quartier. Véritable concentré de créativité et d’authenticité, ce borough londonien traduit à merveille la personnalité de Camden et de notre équipe.  


2. Amy, fa, sol, la, si, do… du talent brut!
Amy est un talent brut. Écoutez-la. Écoutez-la vraiment. Avez-vous, vous aussi, l’image d’un élastique ultrarésistant, étirable dans tous les sens ? Ou bien celle d’une guimauve cuite au feu de bois, délicieusement fondante ? Parfait. Chez Camden, le talent brut, c’est aussi ce qu’on recherche.


3. Du coeur

Sincérité. Honnêteté. Loyauté.
Tout comme Amy, Camden évolue avec une sensibilité singulière. L’album phare de la chanteuse, Back to Black, a notamment vu le jour à la suite d’une rupture amoureuse difficile. C’est le cœur brisé, du haut de ses 23 ans, qu’Amy écrira les chansons désormais célèbres de son second album : Rehab, You know I’m no good, Love is a losing game ou encore Tears dry on their own.

4. Un soupçon de folie

Même si l’on doit reconnaître qu’Amy Winehouse a une notion de la folie plus extrême que la nôtre, prendre les choses au sérieux sans se prendre au sérieux fait également partie de notre identité. Chez Camden, nous avons tous notre petit grain de folie qui crée une complicité capitale entre les employés, mais aussi avec chacun de nos clients.

5. En images

De par ses excès qui suscitent grandement la controverse, Amy a souvent subi des jugements de valeur. Une situation regrettable lorsqu’on sait tous les bijoux qu’elle renfermait en elle. C’est à 27 ans que la diva s’éteint, laissant derrière elle de multiples succès. Retraçant l’ascension et la chute de Winehouse, le documentaire Amy d’Asif Kapadia – qui a d’ailleurs remporté cette année l’Oscar du meilleur film documentaire – vous fera voyager au cœur de Londres. Aussi, prenez 4 minutes pour vous imprégner de l’énergie de Camden avec notre film d’agence !

Alena

vendredi 15 avril 2016

La beauté infectée


Telle Crosby Street à Soho en 1978, la beauté n’est jamais aussi vibrante que lorsqu’elle est sale, obstruée, glauque. Une beauté qui sent la Gitane, où le Velvet Underground déchire un bar dans un sous-sol de Washington Square, pavant la voie sans le savoir à Sid Vicious, à Bowie, à Kobain. Une beauté injectée à la liberté, la seringue sale propageant le virus, les yeux partis dans un orbite désaxé, la tête penchée vers l’arrière, la main caressant des cheveux trop gras, la sueur s’imprégnant à des vêtements lavés sans détergent. Une beauté qui célébrait l’instant. Car après, il n’y avait plus rien.

City on Fire. Garth Risk Hallberg (traduit par Élisabeth Peellaert). Plon, 960 pages.
J’ai connue la fin de cette époque. C’était Montréal à la fin des années 80. Laid mais tellement beau. Quand vous ressortiez du Passeport, coin Rachel et St-Denis, intoxiqué à l’absinthe, après avoir littéralement côtoyé une Mitsou circa Bye Bye Mon Cowboy, un Leloup pré-Isabelle ou encore un Roy Dupuis en perfecto rendu à un gonzillion de shooters, cette beauté ne vous quittait plus. Vous vous retrouviez ensuite au Mars, dans le quartier gris des fourrures, où des catacombes de musique alternative s’ouvraient intuitivement devant vous quand vous suiviez la file, dans un halo de vapeur bleutée, pour finalement aboutir dans une salle exiguë où étaient projetées en boucles des séquences de vieux films en noir et blanc, sur de petits écrans cathodiques imbriqués à des murs décrépis.

C’était l’époque de Siouxsie Sioux, de Joy Division, d’Anne Clarke, de Sisters of Mercy. La grande dépression post-tout. Exit le disco, le punk, l’indépendance, les rêves; exit la possibilité d’un bon emploi en terminant l’Université : bienvenue dans un trou noir qui a avalé et digéré les espoirs de la génération Y pour en faire une bande de zombies désabusés et obsédés par leurs REER et leurs enfants-rois. Mais beauté quand même. Comme ce roman-fleuve dans lequel vous voudrez vous noyer : City on fire, de Garth Risk Hallberg. Un roman où les intrigues deviennent le prétexte crédible d’un voyage dans le temps, à New York en 1977 précisément. Aussi saisissant qu’hallucinant de réalisme, ce périple vous fera voir, sentir, goûter, ressentir. Presque mille pages qui, si c’est ce que vous désirez, vous feront oublier un peu l’hégémonie du lisse et de l’aseptisé dans laquelle nous vivons, propres, rivés à nos écrans, seuls ensemble, déshumanisés. Allez. Vous ne le regretterez pas.

Mathieu


mardi 12 avril 2016

Face à la diversité

Oscar Wilde a dit : 
« Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais. »

J’ose croire qu’il avait raison, ce monsieur. Avez-vous déjà fait quelque chose sur un coup de tête ? Moi, oui. J’ai quitté Montmartre pour le Mont-Royal.
Souvenir heureux de mes derniers jours à Paris
Bon, avec les milliers d’heures passées sur le site Web d’Immigration Canada et les innombrables papiers à remplir, j’ai quand même eu le temps d’y penser à ma décision. Mais, me connaissant comme si j’étais moi-même, je savais que je ne reviendrai pas sur mon choix. Même s’il s’agissait de bouleverser ma vie.



Alors, en juin 2013, j’ai vidé mon « appartement » parisien situé au 6e étage d’un immeuble haussmannien sans ascenseur. Je laissais derrière moi 215 pi2 (j’ai été faire la conversion pour donner l’impression que je vivais dans plus grand que 20 m2) de merveilleux souvenirs, sans savoir ce qui m’attendrait le lendemain de l’autre côté de l’Atlantique.


Une grande partie de mes 215 pi2

L’arrivée

Débarquer un 1er juillet à Montréal, c’est surprenant. Ça met tout de suite dans le bain. Je passe mon premier été avec d’autres Français fraichement arrivés au Québec. Je me rends compte que le monde est ridiculement petit. 
Quelques semaines plus tard, c’est la rentrée à l’Université de Montréal. Je suis surexcitée. Je vais enfin me faire des amis québécois. Enfin, c’est ce que je croyais. Je me rends compte que ce n’est pas si simple. Que le fossé culturel entre le Québec et la France se ressent profondément dans les relations interpersonnelles. Avec ma détermination à vouloir m’intégrer, et, malgré tout, mon amour grandissant pour le Québec, j’ai décidé de prendre le caribou par les cornes et de m’adapter à ces différences, d’en faire une force plutôt qu’un obstacle. Puis, tout vient à point à qui sait attendre. Il faut donner du temps au temps. Goutte à goutte, on emplit la cuve. Bref, au fil des tempêtes, je fais la connaissance de celui qui deviendra mon premier véritable ami québécois. Merci G. pour ta fidélité, et d’avoir le courage de m’endurer encore aujourd’hui ! S’en suivront d’autres rencontres, plus belles les unes que les autres.
Mais, ce n’est pas tout. Il y a d’autres choses bien différentes au Québec, auxquelles j’ai dû faire face et m’adapter…

Le vocabulaire

  • Apprendre à ne plus dire le mot « gosse » en public, au début, ce n’est pas simple. Genre, « Je connais un gars il a fini par avoir 7 gosses ! », c’est difficile.
  • Se rappeler qu’une écharpe en France est un foulard au Québec; et vice-versa.
  • Se rappeler qu’une sucette en France est un suçon au Québec; et vice-versa.
  • Ne pas dire un bonnet, mais une tuque.
  • Savoir que quelque chose d’écœurant peut être finalement très bon.
  • Comprendre qu’une gomme, ça se mange.
  • Découvrir des mots : abrier, achaler, bibitte, capoter, chum, magané, pantoute… et j’en passe.

La nourriture

  • Devoir manger de la poutine quand t’as envie d’un kébab. Et finalement, ne plus pouvoir s’en passer.
  • Voir qu’un camembert peut facilement couter 10 $. Plus taxes. Apprendre à manger du cheddar.
  • Marcher dans les rayons du supermarché (que j’appelle désormais « épicerie ») et se rendre compte que la moitié des aliments est inconnue à mon estomac et à mon palais. Se sentir dans le labyrinthe d’Alice au pays des merveilles.

L’accent

  • Passer pour une idiote en disant les mots anglais avec un accent plus-que-français. Aussi, le plus souvent, avoir de la difficulté à se faire comprendre.
  • Se faire demander « Ça fait combien de temps que tu es au Québec ? », sans même avoir précisé que je ne viens pas d’icitte.
  • Écouter des émissions à la télévision et devoir être très concentrée pour comprendre certaines personnes.

Aujourd’hui, je travaille dans une entreprise québécoise, entourée de Québécois; j’écris même en joual. La phase d’adaptation laisse doucement place à l’acculturation, et je me fais dire que je suis « Québécoise d’origine française ». Pour tout ce bonheur et celui à venir, merci le Québec !

Alena

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