lundi 1 septembre 2014

De l’intérêt et la passion

En cette fête du Travail, j’ai décidé d’écrire sur un sujet qui m’habite depuis quelques temps mais qui n’a que très peu de lien avec la publicité ou le branding, alors bienvenue à une petite séance de philosophie de salon sans prétention...

En observant un peu le monde dans lequel je vis, un monde à la fois politique, commercial, amical, amoureux; un monde qui évolue et qui régresse simultanément selon les conjonctures, les ruptures et le niveau de volonté investi, je constate deux notions maîtresses qui scindent cet univers: l’intérêt et la passion. 

Ces deux notions habitent les individus mais sont rarement présentes à parts égales. En fait, j’ai la conviction qu’elles déchirent nos sociétés en s’affrontant sur différents fronts, car l’intérêt et la passion émanent de différentes motivations. La peur anime l’intérêt: peur de ne pas y arriver, de l’échec, peur inconsciente de la mort, de la solitude, du rejet, de la précarité. Alors que la principale source de motivation de la passion demeure la quête. Oui, cette quête d’absolu, de dépassement, de réaliser le moment. Là où la peur a poussé certaines personnes à des réussites absolument délirantes, la quête, apparemment souvent irrationnelle, a pavé la voie aux plus grands changements dans nos sociétés.  

Les notions d’intérêt et de passion représentent en soi deux modes opératoires, deux registres, deux tonalités. L’intérêt évoque un but précis, un calcul, une planification et un ordre d’accomplissements graduels qui mèneront à l’atteinte de différents objectifs comme la sécurité, le confort et le pouvoir, qui viendront tous à leur manière donner l’illusion d’annihiler la peur. La passion viendra pour sa part évoquer une profonde conscience du moment présent, une joie dans l’accomplissement, un ressenti omniprésent et une action orientée qui se suffit en soi. La passion peut impliquer un grand objectif abstrait, mais elle n’abandonnera pas sa conscience et ses valeurs au profit de ce dernier. L’intérêt carbure souvent dans la douleur pour arriver à ses fins, en projection dans le futur, tandis que la passion n’a pas de fin précise et s’oxygène au présent. 

Il est facile d’imaginer ces deux concepts transposés dans différents contextes: affaires, politique, culture… Gates et Microsoft incarnant l’intérêt, Jobs et Apple incarnant la passion. Un politicien comme Harper symbole de l’intérêt alors qu’un Gérald Godin représenterait la passion. Ou encore un McCartney surfant sur l’intérêt et un Lennon sur la passion. Mais au fond, il n’en est rien. Ces deux composantes animent probablement chacun d’entre nous dans différentes portions et s’affrontent tout autant dans nos espaces mentaux que sur les fronts politiques et du milieu des affaires dans nos sociétés. Il est facile de prétendre être au-dessus de ses peurs, mais rien n’est plus faux. J’aspire personnellement à me défaire de mes peurs, c’est le contrat d’une vie, en alimentant ma passion au jour le jour. J’espère avoir réussi à inverser les proportions qui m’animent et à polariser cette énergie saine qui, rassemblée, me permettra de m'accomplir pleinement. Car pour moi, vivre par intérêt, c’est exister par défaut. Et vous, qu'en pensez-vous?

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