mardi 30 novembre 2010

Le doux confort de l’indifférence

On m’a demandé à plusieurs reprises de commenter la possibilité de voir certaines entreprises ou marques commanditer les lignes du métro de Montréal. Avant de le faire de manière plus approfondie, je me suis réservé une petite gêne et j’ai laissé passer quelques jours. Être ou ne pas être d’accord, selon moi, ne relève pas réellement de la question superficielle de l’encombrement publicitaire dont nous sommes tous victimes d’une manière ou d’une autre, que nous soyons automobiliste ou usager du transport en commun. Cet encombrement persistera tant que les élus n’imposeront pas de balises plus sévères concernant le respect de l’espace public. Et puis, selon Yves Devin, directeur général de la STM, ces commandites seront discrètes et n’affecteront pas réellement les utilisateurs du métro: les noms des lignes ne changeront pas (oubliez la ligne Pages Jaunes), la STM ayant établi des paramètres passablement restrictifs si on en croit les paroles de M. Devin. Tout ça générera des revenus additionnels substantiels, dans un contexte à long terme – on parle ici d’ententes de 10 ans, et contribuera à rétablir l’équilibre budgétaire d’une société dont la nature même représente d’une certaine façon l’essence du progrès montréalais. Alors pourquoi être contre? Parce que c’est une très mauvaise idée, une idée insidieuse qui déplace le débat pour nous imposer subtilement une présence du privé dans les finances d’une société publique. Or, cette présence n’est ni nécessaire, ni souhaitable.

Qu’arriverait-il le jour où la valeur des dites commandites serait évaluée à la baisse par les annonceurs à la lumière d’analyses tangibles? Qu’arriverait-il si d’une manière comme d’une autre l’un de ces commanditaires éprouverait des problèmes financiers ou cesserait ses activités? Quelles seraient les autres solutions si le financement public, même après comptabilisation de ces revenus de commandite, s’avérait insuffisant quand même? Pourquoi se placer en état de dépendance financière par rapport à l’entreprise privée quand la réalité est toute simple: le réseau souterrain montréalais est sous-financé. Cette situation chronique, politique, alors que nous comptons investir des milliards pour maintenir nos infrastructures routières sans réellement imposer de vision innovante et de solution intégrée et visionnaire en matière de transport, me révolte au plus haut point. Pourquoi se servir des utilisateurs du métro comme de simples têtes de bétails qui consomment, en capitalisant sur leur présence en terme «d’audience média», et ne pas faire de même sur les réseaux autoroutiers du Québec avec les automobilistes? À quand la commandite «subtile» d’une autoroute, d’un tronçon, d’un échangeur ou d’un pont? Les usagers du métro feraient-ils partie d’une caste inférieure de celle des automobilistes? Au lieu de trouver une solution permanente, nous préférons nous en remettre à la solution du diachylon, qui ne relève pas du gros bon sens comme voudraient le faire croire plusieurs personnes, mais bien de l’ignorance et d'un manque de vision. Mais que voulez-vous, nos différents paliers de gouvernement ne semblent pas trop se parler ni se comprendre, on préfère bâcler des solutions puériles maintenant plutôt que de réellement régler les problèmes. Cette question de la commandite des lignes de métro m’apparaît comme un autre symptôme d’un problème ultra-évident: le respect de l’environnement est une question primordiale pour la majorité des Québécois, tant que nous ne bousculons pas leurs petites habitudes et que nous ne les forçons pas à quitter, ne serait-ce que quelques instants, leur doux confort insignifiant. Oui à une structure de financement permanente qui favorisera la croissance, dans l’intérêt de tous, du transport en commun. Oui à des alternatives efficaces pour les automobilistes, dans le respect de leur réalité. Non à une structure de commandite aussi déplacée que ridicule.

dimanche 28 novembre 2010

L'ancrage

Pour Rodolphe (1919-2010)


Il neige de gros flocons précoces de novembre. L'automne passe à l'hiver dans une magie étrange. Le téléphone a sonné vers 8h. Ma mère. Rodolphe est parti pour de bon après une dure semaine à l'hôpital. Rodolphe était et sera toujours mon grand-papa. Il avait 91 ans. Presque 92. Et croyez-moi, son âge ne diminue en rien notre tristesse. C'était hier.


Je pourrais faire des parallèles avec la pub, parler de «connexion émotionnelle», mais je n'en ferai rien. Tout ce qui m'habite présentement, c'est un besoin intense de lui rendre hommage pour que vous sachiez tous comment il a influencé ma vie d'une multitude de manières. J'ai déjà dit que je me laissais, à l'occasion, la liberté de diverger sur des sujets personnels. Nous sommes dimanche, alors voilà.


Rodolphe a empreint mon enfance et mon adolescence de son passé. Une impression qui habite mon être et qui est fondée sur la justice sociale, le sens du devoir, de la famille, tout ça dans un contexte stable, sécurisant, honnête. Sans compter son amour de la musique, que je perpétue à ma manière par ce lien si intime que j'entretiens avec certaines mélodies. Je me souviens qu'il appréciait particulièrement Stefie Shock, un quasi-anachronisme compte tenu de son âge, mais qui révélait son ouverture d'esprit. Il était hypersensible, il laissait souvent transparaître ses émotions, ses larmes, un fait assez inhabituel pour un homme né à une époque où l'on faisait la guerre à cheval. Tout ça pour dire qu'il vivait en moi avant sa mort, à travers une partie de ma conception du monde, mais aussi parce qu'il m'apportait un certain équilibre. Rodolphe était un refuge, un endroit rassurant où l'on ne me jugeait jamais, où l'on ne désirait pas me faire la morale, un cocon où ma seule présence suffisait. Il n'était pas parfait, mais il a rarement manifesté ou laissé voir ses défauts en ma présence. La relation du grand-père avec son petit-fils a de magique qu'elle ne requiert que très peu d'encadrement. Je ne me souviens pas d'un moment où il n'aurait pas été heureux de me voir. J'aurais aimé le voir plus souvent, mais je suis tombé comme un cave dans le tourbillon de la vie depuis quelques années. Il savait que ce n'était pas de la mauvaise volonté de ma part et ne me l'a jamais reproché.


Ce que j'aimerais qu'on retienne le plus de lui est sa faculté à aimer sans condition, à une époque où l'on remet tout en question à chaque écueil. Il a aimé ses filles ainsi, mon frère et moi aussi, tout comme nos enfants, mais surtout sa femme qu'il a toujours conservée en lui, jusqu'à l'appeler lors de ses dernières respirations. Aimer sans condition, n'est-ce pas là le plus bel exemple à donner?


Nous avons tous en nous, d'une manière ou d'une autre, un point d'ancrage, une zone privilégiée qui favorise notre équilibre. Vous connaissez maintenant le mien et, par association, toute la douleur de le voir disparu en quelque sorte. Mais le sentiment de vide est temporaire, car la beauté qu'il m'a léguée ne pourra jamais disparaître: elle vit entre autres en moi et à travers mon tout-petit. Merci Rodolphe.


Je vous laisse sur un chef d'oeuvre hip-hop instantané, un peu plus joyeux, mais qui exprime le sentiment de vide qui m'habite: I'm lost in the world.


mercredi 24 novembre 2010

Les RP, une carte cachée ?

Comme stratège de marque, nous devons aborder les budgets de nos clients comme s’ils étaient les nôtres, donc les optimiser pour en extraire un maximum de retombées qui rejoindront, voire dépasseront les objectifs de marketing et de communication déterminés lors de la planification stratégique. Évidemment, l’assemblage du mix communicationnel représente réellement le nerf de la guerre, que ce soit l’alliage savant de publicité de masse, sur le web, de commandite, de médias sociaux ou toute forme d’expression de la marque qui incitera les prospects et clients existants à agir dans le sens de nos désirs. La carte cachée de ce fameux mix (j’ai le piton collé sur ce terme, le nouveau slogan de Défi marketing étant «Mixeur de la marque»), selon moi, se retrouve dans l’ajout d’une composante de relations publiques.


Autant pour un petit compte que pour un annonceur national, toutes les agences de publicité prétendent que la créativité doit sortir des sentiers battus, que nous devons en quelque sorte redéfinir les normes d’une catégorie de produits ou de services en innovant. Et blablabli et blablabla. C’est un bien beau discours. Mais entre les paroles et la réalité, il y a souvent une marge. Là où je veux en venir, c’est que si nous innovons réellement lors d’une campagne, que nous redéfinissons réellement les façons de communiquer les bénéfices d’une marque, que nous réussissons avec brio le fameux saut créatif, notre campagne deviendra de facto une nouvelle. Or, si notre campagne est une nouvelle, pourquoi cette nouvelle ne serait-elle pas reprise par les médias traditionnels et en ligne? C’est à ce moment que notre composante de relations publiques entre en ligne de compte. Mieux encore, en impliquant en amont nos spécialistes en RP, nous pourrons décupler leur effet de levier sur la propagation virale de notre campagne, qui deviendra alors une métacampagne.


Évidemment, les résultats engendrés par cette approche peuvent varier et demeureront toujours un peu imprévisibles, mais je crois sincèrement que le jeu en vaut la chandelle et que le risque est calculé. Je l’ai personnellement constaté lors de notre campagne «Dire Merci» développée le printemps dernier pour l’Ordre des infirmiers et infirmières du Québec et encore récemment lors de la campagne de promotion des Lions de Cannes à Montréal. Être créatif, c’est plus que générer une bonne idée, c’est aussi savoir la propager.

lundi 22 novembre 2010

Le paroxysme du sexisme



Les valeurs et la morale véhiculées par la publicité sont intrinsèquement liées au contexte social dans lequel elle évolue. Prenons l’exemple de la Russie ou de certains pays d’Europe de l’Est qui, à la suite de la Perestroïka, se sont retrouvés dans une situation totalement déjantée, dans un trop plein de matérialisme à se donner un haut-le-cœur. Des Moscovites qui portaient en couches superposées des manteaux de fourrure indécents côtoyant des travailleurs du secteur public qui n’avaient pas les moyens de manger, des vêtements Prada et des diamants à la tonne exposés dans un nightlife d’excès pathétiques rappelant le début des années 80, bref, un défoulement de richesse exacerbé par la conjoncture. Et bien, la publicité n’y échappait pas. Et elle n’échappe toujours pas à ce trou noir de réglementation et de simple bon goût dans certaines régions du globe. Le sexisme primaire est un symptôme assez révélateur du «no man’s land» juridico-réglementaire dans laquelle se retrouvent certains publicitaires, eux qui n’hésiteront pas à défier toutes les limites pour attirer l’attention de leurs cibles, au mépris des autres.


Les deux exemples montrés dans ce billet font réellement le tour de la question: la femme objet au premier degré, le lien grossier entre l’obtention de services sexuels et la nature du produit, le nombre de conquêtes suggérées par un ange sexy à la poitrine plantureuse, un gars visiblement saoul et épuisé par ses prouesses sexuelles au volant de sa voiture sport, bref, tout y est. Ça date de 2005, ce sont des créations bulgares pour une vodka au nom évocateur. Traduction libre du slogan: «Êtes-vous prêt pour la soirée?».



Mais si c’était de l’humour au second degré? Que la créativité débordait le contenu qu’on nous montre? Et puis, serait-ce possible de concevoir ce type de publicité ici? Poser ces questions c’est y répondre, mais les publicitaires continueront néanmoins à évoluer dans un univers de perceptions changeantes : ils anticipent les courants sociaux et les cycles moraux, mais ce n’est pas leur rôle de tracer la ligne entre le concevable et l’inconcevable, enfin théoriquement. Dans les faits, soyez assurés que je ne permettrais jamais à ce genre de concept de voir le jour. Je le trouverais peut-être drôle en réunion pendant un instant, dans le cadre d’une divagation orchestrée ayant pour but de trouver la meilleure idée, mais ça s’arrêterait là. Nasdrovia!

Note: Les publicités ont été dénichées via Adsoftheworld.com

vendredi 19 novembre 2010

L'instant



Le travail de publicitaire en est un, ultimement, de vente. On vend des produits, des services, on passe des messages, la plupart du temps à des fins commerciales. On alimente en quelque sorte le monstre, mais on contribue aussi à consolider des emplois, à favoriser l'émergence et la croissance d'entreprises d'ici, bref, tout ça n'est pas que du vent. Je vous mentirais si je vous disais que je n'ai jamais de doutes sur la pertinence de ce que je fais dans la vie. Ce qui m'aide à devenir meilleur est attribuable selon moi à plusieurs facteurs, dont l'équipe de Défi en laquelle je crois énormément, la créativité pure qui est au centre de toutes nos actions, et finalement, l'opportunité de contribuer à différentes causes sociales. De mettre son expertise au profit d'une cause comme Le Phare Enfants Familles, par exemple, même si c'est une collaboration qui débute à peine, me remplit déjà d'une énergie saine et totalement nouvelle.


La publicité présentée en intro, une réalisation de l'agence Zip communication, représente pour moi un superbe exercice de créativité bien pensée. Là où on aurait facilement pu tomber dans le «pathos» et montrer des enfants malades, souffrants, tout comme des parents éplorés, on a plutôt misé sur l'essence même de l'organisme: célébrer la vie! Car ce n'est pas parce qu'un enfant va mourir, situation d'une tristesse inouïe, que nous devons renoncer à lui procurer tout le bonheur et la joie qu'il mérite, et ce à chaque instant de la vie qu'il lui reste. Que ce soit pour un enfant ou un vieillard malade, tant qu'il y aura cette étincelle dans les yeux, il faudra l'entretenir. Jusqu'à la fin.


Pour ceux que ça intéresserait, j'ai passé un beau moment sur le plateau du «Show du matin» de «V» ce jeudi à parler du film des gagnants des Lions de Cannes 2010 qui est diffusé à partir de ce soir au Cinéma du Parc, et ce jusqu'au 3 décembre. J'en ai aussi profité pour montrer la publicité du Phare Enfants Familles en primeur. Vous pouvez voir l'entrevue ici.

mardi 16 novembre 2010

Le visage de la réalité

Il est 19h08. Nous sommes mardi soir le 16 novembre 2010. La plus grande campagne virale de l'histoire du Québec a lieu au moment même où j'écris ces lignes. Le site Internet de l'assemblée nationale du Québec est débordé et son accès est limité. La plupart des grands médias ont déjà «spinné» la nouvelle, du Devoir à TVA. Des centaines de gens sur Twitter alimentent le virus. Le grand public s'emballe et le sujet s'installe dans les foyers. Plus de 100 000 personnes en une journée qui s'engagent à signer une pétition en fournissant leur nom, leur code postal et leur adresse courriel, pour signifier leur désapprobation, c'est tout sauf banal pour un peuple qui compte moins de 7,5 millions d'habitants. Aux États-Unis, toutes proportions gardées, on compterait pour une campagne semblable plus de 4 millions de signatures. Le motif de cette pétition? Demander la démission de Jean Charest, Premier ministre du Québec.


Philippe Leroux, président de l'agence interactive Phéromone, appelle à l'octroi d'un prix Boomerang pour souligner l'idée. Michelle Blanc la commente sur RDI. Cette campagne virale dépasse les allégeances et signifie probablement le début d'une nouvelle ère en ce qui a trait à la démocratie. Si la signature en ligne d'une pétition n'a pas et n'aura jamais la valeur d'un vote, le jour du scrutin, un vote qui nécessite un déplacement à un endroit donné et un enregistrement au préalable sur la liste électorale, on ne peut nier la signification de ce geste posé spontanément par des milliers de citoyens. Le Premier ministre interprète le tout comme une désapprobation, sur l'air du temps, de certaines politiques et décisions récentes de son parti. J'aimerais apporter une nuance: poser un geste de la sorte sur Internet, dans un univers où chaque clic est mérité et où l'attention des internautes est aussi éphémère qu'une orchidée rare, de surcroît dans un contexte où le site en question est débordé et nécessite souvent plusieurs visites, révèle une motivation profonde de la part de ceux qui y prennent part. Ces minutes investies expriment plus qu'une frustration du moment. L'équation ne serait pas rentable pour un usager normal si son bénéfice, l'expression d'une grave inquiétude et d'une contrariété marquée, n'était pas supérieur à l'énergie requise. C'est clair pour moi, ce n'est encore que le début et les résultats de la pétition, qui sera officiellement terminée en février, feront peur et auront l'effet d'une épine au pied du gouvernement libéral.


Peu importe mes allégeances politiques, nous avons tous à apprendre certaines choses en observant ce qui se passe en temps réel présentement. La démocratie revêtira à partir de maintenant un visage virtuel. Un nouveau visage qu'on ne pourra ignorer bien longtemps. Le visage de la réalité.

dimanche 14 novembre 2010

Chatr: quand l'impératif me rend furax

Une nouvelle marque doit avant tout instaurer le dialogue avec ses prospects en utilisant le bon ton. Trouver le bon ton n'est pas si évident qu'il n'en paraît. C'est très facile de sonner trop corporatif, trop impersonnel. La nouvelle marque de Rogers lancée en septembre dernier, Chatr, qui semble s'adresser principalement aux jeunes, prône la familiarité sans subtilité. Trop c'est comme pas assez. Et elle est de plus en plus présente dans le paysage publicitaire québécois. Ça m'énerve!


Est-ce qu'un client de moins de 25 ans serait de facto un taré qui ne mérite pas notre respect? Est-ce que l'argent provenant des jeunes vaudrait moins que celui dépensé par leurs aînés? Aux dernières nouvelles, un client est un client. Alors quand je lis «Parle relax, parle au max», je me demande sincèrement si cette entreprise considère les jeunes comme des petites bêtes moins intelligentes que la normale des humains. Et c'est quoi cette utilisation de l'impératif? Ce discours à peine voilé qui prônerait, de manière implicite, un monde où je passerais 98% de mon temps à parler avec mon cellulaire? Je comprends très bien le bénéfice véhiculé aussi subtilement qu'un 2X4, soit la tranquillité d'esprit, mais ce ton m'horripile, c'est plus fort que moi, car il révèle un décalage marqué entre une entreprise qui veut vendre des services de téléphonie et l'image qu'elle se donne. C'est l'illustration parfaite du mépris de l'intelligence, transposée dans une tonalité artificielle, transmise par une imagerie «cheapos» utilisant des polices de caractères et des couleurs totalement moches (le mauve symbolise la mort, c'est pas un hasard si la couleur est évitée par la majorité des entreprises). Et que dire de la narration pourrie et la prononciation à l'anglaise de leur nom (tchatteur)? Vraiment, rien ne va. Enfin, chatr, c'est pour moi la transposition parfaite d'un mononcle bedonnant vêtu d'un complet Moores vert forêt circa 1987, qui viendrait draguer une ado en lui disant, avec toute la ferveur d'un imbécile trop heureux d'être là: «ça te dirait de chiller ce soir? T'es tellement trop fucking hot!» Y croiriez-vous? Moi non plus.


J'ai pas retrouvé leurs publicités télévisées en français, mais je vous laisse juger par vous-mêmes et vous propose une balade sur leur canal youtube anglais et sur leur site Internet, au ras des pâquerettes. Pour en savoir plus sur le lancement de la marque, cliquer ici.

jeudi 11 novembre 2010

Les oeillères

Dans la vie comme au hockey, mais particulièrement dans la vie, nous avons tous le choix, peu importe ce que nous en pensons, d'être créatif dans tout ce que nous faisons. En entreprise, c'est la même chose. On peut gérer nos communications externes comme un avocat, à la manière de Boeing, en perdant toute forme de contact avec la réalité, ou on peut décider de se donner un minimum de marge de manoeuvre, de gros bon sens, de sensibilité, d'ouverture.


En publicité, nous vivons souvent le même dilemme. Comment dire à un client que sa publicité sera mauvaise car trop de gens s'en mêlent? Que lorsqu'on demande leur avis sur une campagne publicitaire à 18 personnes dans une entreprise, elles nous le donneront, par intérêt professionnel, par obligation et non par compétence. Que la résultante n'en sera qu'une version fade et dénuée du fameux effet «wow» tant prisé par les annonceurs.


Étienne Bastien, vp et directeur de la création chez BCP, que je respecte beaucoup, l'affirmait mercredi soir lors de la table ronde précédant la diffusion du film des gagnants aux Lions de Cannes 2010: «en création, un concept exceptionnel est composé d'une seule grande idée et la prise de décision doit être simplifiée». Nous sommes choyés chez Défi, l'agence où j'évolue, d'avoir des clients ouverts à la créativité, mais ce n'est pas le cas de tous les annonceurs. Tout ça pour vous dire que je crois qu'il y a trop de gens qui ne voient que les arbres et non la forêt. Trop de gens qui minent l'essence de la créativité en perdant toute forme de jugement lorsqu'ils sont dans un contexte politique ou corporatif. La démocratie est le meilleur des systèmes politiques, mais probablement la pire solution quand on désire faire vibrer le consommateur. Le consensus, c'est une Toyota Camry beige. Ça avance, ça ne brise pas trop, mais c'est plate et ça ne passionne personne. Être créatif, c'est se donner une chance de sillonner Charlevoix avec son amoureuse par un après-midi ensoleillé de septembre, au volant d'une Tesla rouge. À vous de choisir.

mardi 9 novembre 2010

Hooters: couvrez cette pub que je ne saurais voir!

J'ai récemment vanté l'importance en création publicitaire de ne pas se prendre trop au sérieux et de favoriser un lien honnête avec le consommateur. Dans certains cas rares, le produit est tellement polarisant qu'il peut en coûter à un prospect ou à un client existant d'afficher son attachement à notre marque, rectitude politique oblige. Des marques qui existeront tant que l'homme restera homme et qu'il se laissera aller à certains plaisirs coupables, mais néanmoins tangibles, qui, lorsqu'ils respectent le cadre légal, peuvent faire l'objet de campagnes publicitaires créatives. La fameuse chaîne de restaurants Hooters, aux plantureuses mais non moins sympathiques serveuses, rentre tout à fait dans cette catégorie.

La publicité montrée ci-contre fait partie d'une campagne de l'agence Ogilvy Guatemala. De la publicité qui se veut astucieuse, mais qui, dans les faits, représente plutôt un clin d'oeil complice à l'amateur de malbouffe, de bière pas chère et de poitrines triple D. Un produit terriblement polarisant qui attire un certain segment d'hommes dont nous pouvons présumer du manque de subtilité, mais pas nécessairement du manque d'intelligence. Alors quoi de mieux qu'un pastiche d'une publicité d'articles de pêche, de voitures sports ou encore d'outils de construction? J'adore. Et que dire aussi de la tonalité rédactionnelle franchement décalée quand on annonce candidement «It's done this way so that your girlfriend doesn't find out that you are coming to our Happy Hour»! Les prix représentent tout simplement les montants des différents combos offerts. Les couleurs et le logo Hooters sont placés en petit dans une bulle à un endroit stratégique. Est-ce que ça marche? Est-ce que ça respecte l'essence de la marque? Ça reste à être démontré... Mais ça mérite notre attention.

La marque essaie donc ici de favoriser la complicité avec ses clients et à exploiter l'humour, sans jamais vraiment se prendre au sérieux. Je suspecte même les stratèges d'Ogilvy d'avoir voulu ramollir les résistances des conjointes par cette approche qui camoufle particulièrement bien l'avantage concurrentiel principal de l'annonceur, soit le volume mammaire de ses serveuses. Un annonceur qui respecte l'intelligence de ses clients tout en couvrant habilement ce sein que je ne saurais voir. De la manipulation bon enfant qui n'a par contre rien à avoir avec Tartuffe et qui a remporté un Lion de bronze au dernier Festival des Lions de Cannes dont vous pourrez voir le film des gagnants en avant-première de l'industrie ce mercredi soir à l'eXcentris (quelques places sont encore disponibles) ou encore au Cinéma du Parc à partir du 19 novembre.

Trouvé via le blogue Copyranter, où vous pourrez en voir plus, en collaboration avec AdsOfTheWorld.

dimanche 7 novembre 2010

Une question d'attitude

Une marque, c'est plus qu'un logo. C'est un ensemble de valeurs, c'est une vision stratégique, c'est une image, c'est de plus en plus une implication sociale, bref, c'est un alliage savant de différentes composantes qui, synthétisées, mènent au principe marketing de «positionnement». Le positionnement, aussi différenciateur et séduisant puisse-t-il être en théorie, ne tiendra pas la route si l'entreprise ou l'organisation n'arrive pas à le transmettre sur le terrain. Or, pour les entreprises qui sont en lien direct avec les clients, particulièrement en mode «B2C», le point de contact le plus important est souvent celui du représentant ou du vendeur.


Tout ça pour mettre en évidence un aspect crucial de la marque: les ressources humaines. Je parle ici de bien recruter les employés pour qu'au-delà de leurs compétences, ils s'arriment à l'essence ou l'ADN de la marque. La réussite de l'expérience du client repose sur les facultés de l'entreprise à livrer ses promesses à travers l'ensemble des points de contact, de la publicité au service après-vente. Recruter la mauvaise personnalité, une tonalité à gauche, peut s'avérer catastrophique dans certains cas. Trop familier et c'est loupé, trop détaché et c'est raté aussi. Une question très subtile.


J'ai passé une soirée dans un super resto de Montréal samedi dernier pour l'anniversaire d'une amie. Un resto qui a bonne réputation et dont la couverture médiatique et le bouche à oreille ont été particulièrement favorable depuis quelques temps. Réservation pour quatre à 19h30. Nous arrivons à l'heure pour se faire dire qu'il y aurait de l'attente, possiblement 15 à 20 minutes, tout ça avec le sourire, un sourire artificiel et forcé. Je demande à la personne si nous pouvons nous asseoir au bar et elle me répond, encore avec un sourire forcé, qu'il n'y a que 3 places de libres. Elle n'offre aucune alternative, ne communique aucune empathie, ne nous affirme pas qu'elle fera son possible pour que ça se règle rapidement, non, tout se qu'elle nous offre est une attitude détachée et superficielle. Cette personne confondait visiblement service clientèle et sourire niais. Sa personnalité ne cadrait pas avec le professionnalisme de l'établissement et l'excellence de la cuisine. La réputation de l'établissement ne suintait pas à travers ses pores. La soirées fut réussie quand même, mais l'expérience ne m'a pas impressionné outre mesure. Je le répète, en cette ère d'extrême concurrence, la ligne entre l'ordinaire et l'exceptionnel peut être très fine. Tout se joue dans les détails et ça revient plus souvent qu'autrement à une question d'attitude.

jeudi 4 novembre 2010

Les poules sans tête

Il y a environ un mois, la campagne de prévention de la maltraitance du ministère québécois de la Famille et des Aînés débutait, une campagne superbe, déployée à la télé en messages de 60 secondes, sur le web, bref, une belle approche intégrée qui semble avoir porté des fruits par une explosion des appels à la ligne d'entraide. Donc rien à redire, une belle initiative, des résultats tangibles, de la créativité à plusieurs niveau. On parle d'une campagne provinciale initiée par le gouvernement du Québec.


Et là, entre deux émissions télés un peu insipides, que vois-je ? Qu'entend-je ? Qu'ouïe-je ? Qu'auriculais-je? Une autre publicité qui communiquait exactement les mêmes messages que celle dont je vous parlais précédemment, à une nuance près: c'était une publicité «steak, blé d'inde, patates», sans aucune subtilité, pas de saut créatif, pas de concept, une enfilade poche de séquences clichées où l'on voit des aînés maltraités. Direction artistique digne d'une publicité de Lakota. Aucune vision. Une job de bras publicitaire que je ne peux même pas vous montrer car elle n'est pas disponible sur le web. Une publicité aussi dénaturée de notre contexte culturel qu'une publicité de Windows 7. Là où on avait, chez Cartier Communication, développé une approche porteuse avec Yvon Deschamps, une création sensible, qui faisait appel à notre intelligence, ici, avec notre très cher gouvernement du Canada, on nous parlait comme on parle à un enfant de 5 ans.


Loin de moi l'idée de transposer sur ce blogue une opinion politique ou de lancer un débat sur le nationalisme. Je parle ici uniquement de publicité, de budget, d'efficience. Or, je constate que nos deux paliers de gouvernement ne semblent visiblement pas se parler. Que les frais de production sont inutilement dédoublés. Que la stratégie média aurait pu être concertée pour maximiser les résultats. Que l'uniformité d'un message porteur, véhiculé par une approche intégrée «fédéral-provincial» aurait décuplé la fréquence d'un message pertinent qui fonctionne mieux. Je parle de centaines de milliers de dollars jetés à la poubelle inutilement. De votre argent. Comment, dans une société évoluée comme la nôtre, pouvons-nous encore, en 2010, voir nos gouvernements se comporter comme des poules sans têtes?

Ajout: Voici la publicité en question, merci à Marie-Ève Duval pour le fichier!!!!


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mardi 2 novembre 2010

Les bornés

J’ai rarement vu un média autre que certaines publications spécialisées parler en bien de Twitter. Rarement lu un journaliste vanter les qualités indéniables de la plateforme. On se confine plutôt à des analyses de surface, à des jugements de valeurs, de Nathalie Petrowski à Stéphane Baillargeon hier dans Le Devoir (quelle sale petite attitude), on sent que Twitter agace, irrite. Mais c’est normal, mettez-vous à leur place: 370 000 personnes se joignent quotidiennement à Twitter, plus de 30 millions en moins de deux mois, autant de gens qui passeront plus de temps à gazouiller et à accéder à de l’information pertinente partagée selon leurs intérêts. Des individus qui délaisseront graduellement aussi les médias traditionnels pour se concentrer sur ce qui vaut réellement la peine pour eux.


La planche de salut des journaux, pour ne nommer que ce média, repose sur la faculté de leurs journalistes à établir avec les gazouilleux une relation tangible par une conversation réelle, et non de les juger. Prenons l’exemple de Michelle Blanc, qui ne fait visiblement pas l’unanimité dans les médias traditionnels, mais qui a toutefois l’honnêteté de livrer le fond de sa pensée à une époque où la rectitude politique mène la plupart des journalistes par le bout du nez. Au lieu de saluer son audace et de révéler au grand public l’importance de son rôle de pionnière des médias sociaux, elle qui se place littéralement sur la ligne de feu en utilisant sa propre personne comme laboratoire des médias sociaux, on s’amuse plutôt à la pourfendre en demi-teinte sans jamais réellement avoir le courage de livrer le fond de sa pensée. Non, je l'avoue candidement, je ne suis pas toujours d’accord avec elle et oui, parfois, elle m’irrite. Mon respect pour ce qu’elle est et pour ce qu’elle fait est par contre sans bornes, car elle ose naviguer en eaux troubles dans une mer incertaine où les conditions changent pratiquement en temps réel, elle défriche, elle vulgarise, se livre, en toute transparence. Elle s'expose. Elle révèle aussi à travers sa popularité grandissante le narcissisme agacé d’une certaine classe journalistique qui carbure plus à la gratification qu’à la livraison d’information pertinente. Et là soyons clair, je ne parle pas de tous les journalistes, car je voue un respect énorme à la grande majorité de ceux-ci, mais bien d’une poignée de bornés qui n’osent pas se rendre à l’évidence: le monde évolue plus vite que leur capacité à l'assimiler.


Twitter n’est pas une anecdote ou la saveur du mois, c’est une réalité. Plusieurs journalistes, dont Patrick Lagacé et Cécile Gladel, savent utiliser adéquatement l’outil pour aller plus loin, pour démarrer des échanges constructifs, pour accéder à certains contenus inédits, pour mousser la popularité de certains articles ou pour noter en mode qualitatif la rétroaction à chaud des internautes par rapport à un sujet d’actualité. Je l’ai déjà dit, Twitter devient ce que l’on en fait, aucune règle ne pourra jamais dicter son utilisation et aucune critique acide ne pourra réduire sa portée. Tout ce que j'aurais à dire aux bornés se résume finalement à ceci: If you can’t beat them, join them.

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