mardi 6 mai 2014

La tromperie


Certaines marques ne savent pas identifier ou récupérer l’essence même d’un courant ou d’une idéologie. Ces «faux pas» engendrent généralement des tollés de protestations qui vont à l’encontre des objectifs de communication. Et quand il est question de procréation, d’homosexualité ou encore de féminisme, à tort ou à raison, les pièges sont nombreux et la polarisation très émotive. Parlez-en à Mahée Paiement ou à Joël Legendre…

Dans le cas bien précis du féminisme, plusieurs hommes le confondent avec un rejet systématique du masculin, ou encore avec une hargne représentative d’une minorité qui tend à prôner la castration métaphorique comme modus operandi. Je crois pour ma part que le féminisme est plus que jamais nécessaire en 2014, ici comme ailleurs, même s’il est évident que la condition féminine est rabrouée à des niveaux moyenâgeux dans plusieurs aires culturelles bien éloignées de notre réalité. Ici, le féminisme se joue au coude à coude, au jour le jour, sur une panoplie de sujets: parfois évidents, parfois plus subtiles, mais toujours pertinents. Jamais, au grand jamais, le féminisme n’aura par contre la légitimité de prôner la tromperie, avec comme écran de fumée la liberté individuelle de choisir d’avoir un enfant en instrumentalisant l’autre sexe à son insu. 

Alors inutile de vous dire que la publicité pour la Fête des mères de la marque de mode féminine espagnole Desigual, montrée en introduction, incarne la plus stupide transposition du pouvoir féminin qui soit. Du mot-clic (#tudecides) qui propose un individualisme dénué de conscience à la représentation de la femme (visiblement lobotomisée et pas toute là) qui perce allègrement des condoms comme si c’est un jeu coquin, en passant par l’ambiance musicale décalée du sujet, ce message est probablement l’un des plus médiocres à avoir vu le jour. Il provoquera hélas des affrontements et des conflits inutiles, mais s’il peut servir à une chose, qu’à une seule, ce sera d’avoir clairement démontré la transgression d’une frontière qu’aucune idéologie ou courant n’a le loisir de transgresser: celle du droit à la vérité. Ici, nous n’avons pas affaire à une femme qui s’affirme sainement, mais plutôt à une psychopathe. Or, une marque n’a rien à gagner à emprunter cette stratégie, sauf si bien sûr son objectif secret est d’avorter l’ensemble de son capital de sympathie.

Merci à l’ami Benoît Chamontin pour le tuyau.

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