lundi 10 mars 2014

Les minables



Rédiger des statuts Facebook répétitifs de plusieurs centaines de caractères pour décrier une candidature électorale (en étant persuadé que ça change vraiment quelque chose). Déchirer sa chemise sur l’autel de la justice sociale. Disserter sur les méfaits de l’École de Chicago au Chili. Étudier l’ensemble des oeuvres de Noam Chomsky et de Naomi Klein. Manger bio. Boire équitable. Recycler et composter même quand ça pue. Utiliser son vélo dans la gadoue. Bref, faire ce que l’on croit être les bonnes choses. Contrairement à tous ceux qui ne le font pas. Croire être au-dessus de tout, avec ses valeurs. Et surtout, conchier le pouvoir de l’argent.

Ils sont, nous sommes, des milliers, voire des centaines de milliers, à prétendre naviguer dans les eaux de la vérité avec notre petite dérision et notre sarcasme à trois sous. Peu de gestes, beaucoup de paroles, des tonnes d’écrits, et un torrent de prétention fondue dans de bonnes intentions. Mais vous savez quoi? Nous allons tous nous noyer infusés dans notre vérité, comme de vulgaires poches de thé. À se détourner de réalités trop dures. À décupler les mots au lieu d’agir. Et à laisser des enfants dépérir dans la souffrance à quelques heures d’avion de Montréal.

La projection de la situation d’un enfant syrien dans la réalité britannique, montrée dans le film en intro, une création de l’agence londonienne Don’t Panic pour le compte de Save the Children, nous remet en plein visage la futilité de notre militantisme anti-Walmarde. «Il est facile d’oublier que la Syrie était un pays formé d’une classe moyenne relativement prospère, où les enfants profitaient jusqu’à récemment des bienfaits d’une éducation et d’un système de santé que nous prenons pour acquis. Et c’est sans parler de leur comptes Facebook, de leurs consoles de jeux vidéo…», expliquait Jack Lundie, directeur de la marque et des communications chez Save the Children. 

Ce film, qui emprunte la structure d’une seconde par jour, a pour objectif de sensibiliser l’occident au conflit syrien, qui a provoqué à ce jour plus de 100 000 morts et le déplacement de près de 2 millions de réfugiés. Cette guerre débile aura bientôt trois ans et a engendré le décès ou, pire encore, la souffrance interminable, de dizaines de milliers d’enfants; des yeux vidés de leur âme et les nôtres qui se complaisent dans la masturbation intellectuelle et dans une morale dénuée de moyens pour vraiment changer le cours des choses. 

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