mercredi 11 mai 2011

De battre mon cœur s'est arrêté



Y-a-t-il une limite à ne pas franchir en publicité quand on veut faire le bien? Est-ce que la dissonance cognitive doit être considérée quand on veut réveiller la population sur un enjeu crucial maintenant? Ces questions ne sont pas évidentes. Les réponses varieront selon les individus, selon le contexte socioculturel où la publicité est diffusée et aucune stratégie de création ne pourra faire le travail parfaitement. Être plus percutant permet d'augmenter le niveau de propagation virale de la publicité, donc la portée, mais réduira sensiblement la fréquence d'exposition au message chez les âmes sensibles qui zapperont la publicité à la moindre occasion après l'avoir vue une première fois. D'un autre côté, en prônant une approche plus douce et intelligente, on risquera de passer sous le radar, de ne pas induire le changement de comportement souhaité à très court terme. Ça relève un peu du même thème abordé ici récemment par rapport aux publicités sur les agressions sexuelles, à savoir qu'il faut réellement se centrer sur des objectifs tangibles et sur les moyens à prendre pour induire une quête profonde de changement chez les bonnes personnes. Autant j'étais sceptique quant à la stratégie déployée pour la campagne sur les agressions sexuelles récemment, autant je crois que cette publicité présentée en introduction, de la Irish Society for the Prevention of Cruelty to Children, atteint parfaitement la cible.

On s'entend, cette publicité est absolument insupportable. Pourtant, je l'ai visionnée pour la première fois hier soir vers 19h et elle m'habite depuis. Donc pas de zapping de ma mémoire. Une fréquence unique d’exposition me semble suffisante. Elle m'habite et me donne envie de militer pour la cause. D'en parler. Et là, je suis à plusieurs milliers de kilomètres de Dublin et je ne suis qu'un néophyte en la matière, ne connaissant pas trop les statistiques reliées à la violence infligée aux enfants dans ce pays qu'on appelait jusqu'à tout récemment le Tigre celtique, au-delà de préjugés largement répandus. Mais suis-je la cible? Non. Je ne suis pas violent et ne suis aucunement témoin, directement ou indirectement, de violence faite aux enfants. La cible primaire de cette opération, ce sont les proches, les témoins passifs, ce sont eux qu'on vise par ce coup de poing publicitaire. Je ne crois pas qu'on puisse modifier par la publicité le comportement d'un homme ou d'une femme violente, on peut toutefois drôlement augmenter la pression sociale sur ces derniers en travaillant leurs proches au corps. Fait à noter, sachez, vous vous en doutez mais je préfère le mentionner, que l'enfant qu'on voit dans la publicité n'a d'aucune façon été violenté lors du tournage. Je le mentionne car certains idiots avaient mis en doute la situation par leurs commentaires sur youtube. Autre point, le jeu du garçon est réellement prodigieux. Sa vulnérabilité jumelée à sa résilience, le rythme de sa diction, sa gestuelle, bref, tout de lui est crédible. Totalement délirant. Ce message serait totalement anecdotique et inefficace sans le jeu brillant du petit.

Parfois, la douche d'eau froide est la seule solution à un problème. Parfois, malheureusement, la douceur, l'empathie et la compréhension ne fonctionnent pas. Nous avons probablement tous déjà été confrontés à cette situation d'un proche qui s'enlisait dans les problèmes, le déni, et qui, après maintes et maintes tentatives d'aides, ne s'en sortait tout simplement pas. Ces situations requièrent parfois un remède de cheval. Certains parents décideront, à s'en déchirer le cœur, de mettre à la porte du nid familial un adolescent toxicomane récidiviste. Certains forceront un ami à entrer en centre de désintoxication ou à consulter un professionnel de la santé mentale. En publicité, c'est un peu la même chose. Je crois que tout avait été tenté en Irlande pour faire prendre conscience de ce problème grave, et que là, c'était le temps de passer aux choses sérieuses. C'est dur à regarder, mon cœur s'est arrêté un moment, mon souffle aussi, mais c'était la bonne solution à prendre, avec courage, en pensant aux enfants.
Bravo à l'équipe de l'agence Ogilvy de Dublin.

3 commentaires:

  1. Larmes aux yeux, chair de poule, boule dans l'estomac...
    Je souhaite que cette publicité puisse conscientiser l'entourage des enfants victime d'abus physique à DÉNONCER et PROTÉGER... Car il y a trop de silence et de secrets autour de ses enfants qui les maintiennent dans un environnemnt abusif et hostile.

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  2. Insupportabe mais o combien nécessaire. Merci

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