mardi 4 octobre 2011

L'affirmation saine

Tous s'entendent sur la corrélation évidente sur le plan qualitatif entre l'état d'une société et la publicité qui en émane. Où en sommes-nous au Québec? Dans la moyenne, la grosse moyenne, pas plus mal, certainement pas meilleur. Se complaire dans notre pseudo-propension à la créativité serait se mettre un doigt dans l'oeil. Car à part quelques cas atypiques, dont ceux des agences Sid Lee et Taxi, nous faisons au Québec de la publicité pour les Québécois uniquement. Notre créativité ne s'exporte à peu près pas. Et c'est entièrement compréhensible.

Avez-vous déjà été confronté à un «wannabee» dans un bar? Un gars qui parle fort et qui déclame de grandes vérités teintées de préjugés issues du dernier numéro de l'Actualité? Un individu qui ne sait pas trop d'où il vient et où il va, mais qui veut à tout prix attirer l'attention? Car au fond, il n'est pas trop sûr de sa valeur? C'est ça la publicité québécoise. Bonne, parfois surprenante, mais trop souvent dans le goût du jour, dans la forme, quand c'est pas carrément dans la prétention dénuée de recul. Mais c'est normal, car nous, publicitaires, et je m'inclus là-dedans, ne représentons qu'un reflet de l'état de la société québécoise actuelle. Une société qui a du mal à s'affirmer, qui évite le conflit, qui diabolise le progrès social et pour qui le dialogue représente plus souvent qu'autrement une forme de perte de temps. Une société qui valorise la forme au détriment du fond. Qui se voit grosse, mais qui au fond agit petit.

Si on veut aspirer un jour à exporter notre savoir en création publicitaire, et par le fait même à élargir notre marché et nos revenus, il faudra auparavant que notre société franchisse certains jalons. Comme celui de l'affirmation saine de la langue française, du respect absolu des modèles sexuels féminins et masculins, de la valorisation du progrès social et des échanges par lesquels il découle. À Rome, les immigrants du sous-continent indien parlent l'italien avant toute chose. L'anglais vient ensuite, et ce n'est pas parce que le bassin de touristes et l'intérêt brut n'y sont pas, au contraire. Tout simplement parce que les Romains sont clairement assis sur une identité forte, sans compromis. L'économie italienne vacille et rien ne va plus, mais le problème n'est pas identitaire. Chez nous, il l'est. Suffit de faire la visite d'un restaurant indien sur l'avenue du Parc pour le constater.

dimanche 2 octobre 2011

Avoir des couilles...



Le plus grand problème des créatifs publicitaires, ce n'est pas d'avoir des idées percutantes, mais plutôt d'avoir le cran d'aller les vendre au client en démontrant clairement, hors de tout doute, qu'elles fonctionneront auprès des segments visés. On blâme la publicité pour tout et pour rien, elle irrite, c'est un mal nécessaire, on espère qu'elle nous divertisse et qu'elle nous fasse ressentir des émotions, un peu comme un grand film, et ce même en sachant qu'on voudra nous vendre un truc. Et vous savez quoi? Quand une publicité se démarque vraiment et provoque, comme celle de MCAC, une organisation britannique vouée au dépistage précoce du cancer des testicules, il s'en trouvent toujours pour être outrés. Faudrait se brancher.

Cette publicité, dans un contexte clairement associé à la sexualité masculine, les testicules y jouant un rôle central au propre comme au figuré, utilise la top modèle britannique Rhian Sugden en professeur de charme, comme un appât sexy, comme un générateur de désir. Elle se touche. Pourquoi? Pour attirer l'attention. Pour nous tenir en haleine. Pour s'assurer que personne ne zappe. Et ça fonctionne drôlement. Ce qui pourrait choquer ou déstabiliser certains individus, c'est quand apparaissent au moment où on s'y attend le moins une paire très très réaliste de testicules. Là, il y a rupture. Bang! Mais tant qu'à y être, pourquoi ne pas aller au fond des choses? C'est donc à ce moment que l'essentiel du message est livré, très explicitement, mais dans l'intérêt de tous car c'est un message de sensibilisation et de santé publique.

Les gens sont tellement blasés que les options à notre disposition pour atteindre nos objectifs de communication sont souvent limitées. Cette campagne, réalisée par le photographe Rankin, un maître, a emprunté la voie difficile mais payante. Et elle m'a personnellement fait prendre conscience de l'importance de me tâter les castagnettes sur une base régulière. Mission accomplie. Bravo! Car c'est rare une campagne qui a réellement des couilles...

jeudi 29 septembre 2011

La densité

Ce billet traite de marketing. C'est assez rare ici car même si j'accorde la plus grande importance aux différentes composantes du marketing à l'agence, ce n'est pas vraiment ce qui m'excite le plus. Mais bon, pour revenir à mon sujet, j'ai été relativement stupéfait, lors de mon récent voyage à Rome, du lien important entre la densité de population dans un marché et l'émergence d'une quantité de niches, chose qui est plutôt limitée chez nous car nous ne sommes pas beaucoup.

Prenons le cas des restaurants. Oui, Montréal offre l'une des plus grandes diversités au monde, et le rapport qualité prix y est indéniable. Mais de nombreuses occasions n'y sont pas car nous ne sommes pas assez nombreux. Imagineriez-vous voir fleurir, à Montréal, un restaurant italien classique, dirigé par une japonaise et exclusivement dédié aux touristes japonais? Non. Là-bas, absolument! En commerce de détail, des chaînes impressionnantes ne se concentrent que sur un produit, que ce soit les chemises pour hommes, les chandails avec col en v, les cravates, les t-shirt design, etc. Oui, quelques cas réussissent ici, mais jamais autant. Autre exemple : des milliers d'hommes dispersés à travers le centre de Rome ne vendent qu'un gadget, une sorte de figurine en gel qui reprend drôlement sa forme après avoir été déformée lors d'un impact lorsqu'on la lance par terre. C'est le goût du jour vendu par un immense réseau de distribution constitué d'hommes dans la trentaine et quarantaine provenant d'Inde et du Pakistan. Et ils en vendent des milliers d'exemplaires! La densité de population génère des milliers d'occasions d'affaires. La loi du nombre joue en faveur des innovateurs et des opportunistes. Alors que 30 ou 40 «early adopters» s'intéresseraient à un nouveau concept de boutique à Montréal, ils seront 1000 ou 2000 dans une ville comme New York.

Tout ça se traduit par une formidable palette de choix qui rejoindra avec pertinence la réalité, les aspirations et les désirs de chaque individu. Ça se traduit également par une plus grande concurrence et une nécessité de réellement sortir du lot. La densité de la demande presse le citron de l'offre. Si le jus n'est pas à la hauteur, point de salut. Le marché évolue au gré des modes et les modes passent en un coup de vent dans les grandes métropoles. Pour perdurer, il faut plus qu'un flash qui deviendra la saveur du mois. Mais si vous avez une idée géniale et que vous croyez réellement à son potentiel de commercialisation, ne vous limitez surtout pas au marché québécois. Pensez plus gros. Voyez plus loin. Et plus votre idée sera pointue, plus elle aura de chance de réussir dans un grand marché. Pour possiblement revenir à Montréal par la bande au bout d'un certain temps, car comme nous le constatons dans notre histoire récente, de Félix Leclerc à Riopelle, nul n'est prophète en son pays. Surtout pas ici.

dimanche 18 septembre 2011

La sainte paix



Récemment, une pourriture a volé mon vélo dans le cabanon derrière la maison. On l'a arrêté le lendemain quand il tentait de répéter le stratagème chez la voisine d'en face. Un petit gros de 50 ans, le type qu'on croise sans même le remarquer en prenant le métro. S'il n'était pas revenu sur la rue, on ne l'aurait jamais attrapé. Mais bon, à quoi peut-on s'attendre d'un gars qui vole un vélo de 600$ pour le vendre rapidement moins de 40$ à une boutique de prêteur sur gage? C'est ça. Ce n'était pas un génie de la bombe.

Si quelques membres du crime organisé avaient mené finement un coup pour s'en mettre plein les poches à une reprise seulement, disons lors de la construction du Stade olympique en 1975, à la place d'instaurer un système généralisé de fraude, de collusion, de corruption, est-ce que les soulèvements populaires qui surviendront cet automne, je l'espère, seraient envisageables? Poser la question c'est y répondre.

Les croches, les profiteurs, les abuseurs, les pollueurs, ont tous un point en commun: ils finissent toujours par banaliser leurs actions, avec comme résultante, généralement, de se faire prendre la main dans le sac. Ils se croient plus forts que le système. Plus intelligents que la moyenne des ours. Ils ont tort. Se lever le matin, nourrir sa famille, bien s'occuper de ses enfants, tenter d'atteindre l'équilibre, bref, mener une vie normale requiert cent fois plus d'intelligence, et mille fois plus de courage.

Greenpeace tente depuis plus de 40 ans de dénoncer ce type d'individu, avec bien sûr le respect de l'environnement comme mission de tous les instants. Est-ce que certaines de ses pratiques ont dépassé les bornes? Absolument. Suis-je en accord avec toutes leurs actions? Non. Mais un fait demeure, on n'attrape pas des mouches avec du vinaigre. Et le film publicitaire présenté en introduction, qui célèbre les 40 ans de l'organisation, me fait jubiler.

En espérant que nos crapules québécoises, celles qui nous pillent et volent par le fait même l'avenir de nos enfants, subissent le même sort que les bandits à cravate que nous voyons tout au long de ce magnifique exercice de style produit par l'agence DDB Paris. En espérant aussi que l'éradication complète des coquerelles qui se nourrissent au buffet à volonté de l'état soit rapide et sans équivoque. Qu'on puisse enfin avoir la sainte paix.

vendredi 16 septembre 2011

Partir

En ce vendredi, tout pointe vers ce thème, celui du départ. Mon beau-frère, à la suite d'une réaction à une chirurgie importante mais assez routinière, nous a donné la frousse. Et par le fait même a révélé son importance dans notre noyau familial. Il est passé assez proche de partir.


Ce matin, j'ai passé du temps, dans le cadre de mon travail, avec une personne gravement atteinte par la maladie. Elle vit dans un paradis qu'elle va quitter plus tôt que tard. Et même si je ne la connais pratiquement pas, ça me rend triste car son énergie est unique et qu'elle aime beaucoup la vie. Elle va partir.


Depuis 48h, les médias, à raison, nous étouffent de la couverture concernant la collusion, la corruption et la fraude systématisée, notamment dans le secteur de la construction. Du Québec, même si je sais pertinemment que ce n'est pas réellement mieux ailleurs, j'ai honte. Je n'ai pas voté pour ça. Et tout ça perdurera, tant qu'il n'y aura pas de soulèvement. Or, la seule vraie révolution de notre histoire, c'est la Révolution tranquille. Ça dit tout. Même lorsqu'on se révolte, on le fait sans faire de bruit, sans casser des oeufs. Notre ADN collectif provoque chez moi un profond sentiment d'impuissance. De voir grandir mon fils dans cette société pourrie jusqu'à la moelle où la classe politique laisse des truands nous voler en toute impunité relève du supplice de la goutte. J'ai envie d'un endroit où les gens sont fiers, droits et surtout pas embarrassés de ce qu'ils sont. Tout ça me donne le goût de partir, pour de bon.


La semaine prochaine, je vais partir. Petit voyage aussi égocentrique qu'essentiel en cette année particulière, en ce milieu de vie. Je vais partir à l'étranger voir si je peux m'y retrouver et m'y ressourcer. En espérant aussi puiser en moi des pistes de solution à plusieurs questionnements. Mais je sais que je vais revenir, car partir ne peut prendre son sens que si l'on peut revenir.


mardi 13 septembre 2011

Compteurs en or, campagne de bouette



Dans une société qui semble exprimer de toutes les manières possibles son désenchantement vis-à-vis des syndicats, dans un contexte où le «réalisme» et la fameuse lucidité apparaissent comme les valeurs désirées par la population, si vous êtes un syndicat et que vous désirez passer un message, que devez-vous faire? Assez simple. De un, ne pas trop se croire et rester vrai. De deux, ne pas dramatiser et s'en tenir aux faits. De trois, favoriser un passage à l'action clair. En bref, éviter les discours larmoyants, surtout ne pas annoncer une catastrophe, mais plutôt favoriser les échanges, le dialogue, l'information. Faire le contraire vous attirera à coup sûr les foudres, ou pire encore, le mépris de ceux que vous voulez convaincre. Si vous êtes un syndicat de la fonction publique, c'est encore pire. Vous partez avec 2 prises et 3 quarts contre vous. Je ne suis pas d'accord avec cette réalité, mais c'est LA réalité. Votre marge de manoeuvre est infime. De faire une campagne publicitaire comporte probablement plus de risques que de possibilités de rendement.

Alors quand je constate le ton, le sarcasme mal dosé, la parodie boboche et le regard inquisiteur de la comédienne dans le message de la campagne «Compteurs en or d'Hydro-Québec», menée depuis quelques temps par le Syndicat des employés de techniques professionnelles et de bureau d'Hydro-Québec, je ne peux m'empêcher de croire que ces gens là vivent sur une autre planète, probablement dans un monde qui se croit beaucoup et qui a été figé en 1972. Cette campagne, qui sert au contraire les intérêt de l'employeur, n'a en fait réussi qu'une chose, à part irriter la population: elle a convaincu la majorité des gens que des employés prêts à investir autant dans une publicité poche pour sauver leurs jobs obsolètes, ne méritent pas mieux que de se réorienter. En fait, la position du syndicat est compréhensible, mais indéfendable du point de vue de l'évolution et de l'optimisation. Et là, ne vous méprenez pas sur mes intentions, je suis toujours le premier à défendre le rôle crucial et l'importance de la syndicalisation dans notre société. Je suis toujours celui qui fait remarquer aux démagogues campés à droite que la crise économique récente a été provoquée par des employeurs avides et par des spéculateurs irresponsables, laissés à eux-mêmes par des organismes de régulation déficients. Et je suis tout sauf un fan du type de gestion prôné par Hydro-Québec. Mais une chose est sûre, le progrès c'est le progrès. Et accéder au statut de société du savoir, ça veut aussi dire d'abandonner à des pays moins avancés des emplois dans certains secteurs, et de favoriser l'automatisation. C'est plate mais c'est la vie.

Alors si vous désirez sauver vos emplois, la meilleure option serait d'arrêter de se mettre la tête dans le sable et d'investir dans votre formation, au lieu de dilapider vos fonds syndicaux dans une campagne média aussi inutile que coûteuse. Et surtout, si vous voulez gagner du temps, changez de ton. Respecter l'intelligence de la population et cessez de vous victimiser. Les Québécois aiment des gens fiers, honnêtes, droits et transparents. La morale à cinq sous, non merci.

dimanche 11 septembre 2011

Le bon rythme



Un sourire, aussi subtil soit-il, c'est souvent tout ce qu'il faut pour réussir une opération publicitaire. Je ne parle pas d'humour, mais plutôt d'une énergie, entraînante, de dérision, de personnalité. L'idée étant de se souvenir de la marque et non d'une blague ou d'un dénouement surprenant.

Dans ce contexte, l'utilisation de l'animation devient judicieuse lorsque c'est parfaitement bien réalisé. Car il ne faut pas que le consommateur ne puisse s'attarder à la technique, mais bien embarquer dans une histoire. L'animation repousse toutes les frontières de la réalité. Plusieurs marques, dont Budweiser avec ses grenouilles, ont magnifiquement capitalisé sur cette manière de faire.

Kia, avec ses hamster, représente l'exemple parfaitement bien dosé d'animation percutante et divertissante qui décuple le capital de sympathie de la marque. Ici, pas question de se prendre au sérieux. On a plutôt décidé d'exploiter l'absurdité de l'effet irrésistible que provoque le mégasuccès du groupe LMFAO, «Party Rock Anthem». Je vous vois d'ici taper du pied malgré vous…


Le 11 septembre, si loin mais si proche...

Je ne pouvais passer à côté. Il y a 10 ans aujourd'hui, c'est comme si c'était hier, des milliers d'innocents périssaient sous les attaques d'extrémistes religieux à quelques centaines de kilomètres de Montréal. En ce jour, des millions se recueillent, peu importe les croyances, pour se remémorer l'ampleur de cette perte, l'injustice de se drame et pour tenter de lui donner ne serait-ce qu'une parcelle de sens.

Il y a 10 ans, nos vies se sont arrêtées. Scotché devant MSNBC pendant 48h, j'ai constaté l'horreur. Nos vies étaient catapultées ailleurs, notre inconscient collectif affecté irrémédiablement. Nous sommes aujourd'hui rendus ailleurs, mais nous nous souvenons tous. Oui, cet événement a été surmédiatisé. Oui, des horreurs, peut-être pires, assurément comparables, ont également eu lieu depuis 10 ans. Mais aujourd'hui, nous sommes le 11 septembre, pas le 12, pas le 28. Et cette date résonne pour des raisons particulières. Il ne faut pas oublier.

Voici une vidéo issue d'un collectif de réalisateurs d'animation qui proviennent de tous les coins de la planète, le tout mené par le studio virtuel Aniboom. Différentes visions, différentes réflexions, une même tristesse…



Un ajout incontournable, Paul Simon qui chante ce matin à Ground Zero, tout simplement, superbement émouvant...

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