
dimanche 10 avril 2011
La plus simple expression

jeudi 7 avril 2011
Pas touche
J'ai souvent parlé de dissonance cognitive, soit du microtraumatisme psychologique que peut engendrer un message perturbant et de ses effets potentiellement dévastateurs sur la rétention du message ou l'action que nous voulons déclencher chez le récepteur. La vraie question, la seule question que nous devons nous poser en regardant ce message, est celle-ci: m'a-t-il incité à dénoncer un agresseur ou va-t-il me convaincre de le faire un jour si la situation se présente? À cette question, je dois répondre non. D'un point de vue purement psychologique, si je n'ai pas vécu une situation de ce genre, ce sera trop douloureux de me projeter dans la situation présentée (je n'ose imaginer le sentiment ressenti par une personne ayant vraiment vécu ce type d'agression en voyant le message). Cette distance entre ma situation réelle et celle montrée transformera un message puissant en simple anecdote que j'oublierai facilement. Il aurait fallu qu'on me place dans la situation d'une personne qui dénonce, qu'on m'expose implicitement aux motifs qui la font hésiter. Il aurait également été plus judicieux de montrer la dénonciation, dans un contexte valorisant, puissant, évocateur, ouvert sur la liberté et où le bénéfice pour la victime aurait été bien senti. Cette publicité est perturbante, déstabilisante, très bien faite, épurée, mais demeure stérile, car nous en restons à l'agression, et là n'est pas la question. Nous savons tous à quel point une agression est horrible et la campagne précédente évoquait justement de manière très directe les effets à long terme ressentis par les victimes. Le manque de recul de l'annonceur me semble évident. On ne s'attaque pas à la bonne question et la dissonance cognitive désamorce les résultats. L'intention était bonne toutefois. Dommage.
Je suis déçu qu'on ait manqué à ce point de vision. L'objectif est tellement clair, les possibilités créatives tellement nombreuses, pourquoi alors s'en remettre à la sempiternelle publicité choc? Est-ce que la volonté de l'agence de gagner un prix ou de susciter la controverse a supplanté la nécessité de demeurer aligner stratégiquement? Enfin, j'aimerais bien savoir ce que vous en pensez.
mardi 5 avril 2011
La candeur
En publicité comme dans la vie, rien ne bat l’authenticité et la candeur. Je dirais même plus, on pardonnera bien des maladresses stratégiques et créatives à des marques qui osent se présenter à nous en toute humilité. Tout comme on pardonnera un mot de trop à un ami dont on sait qu’il n’a aucune mauvaise intention. Le «boulechite-ô-mètre» de la population est tellement sensible qu’on préférera parfois une publicité mal tournée à une publicité professionnelle, si on y sent la bonne intention et la transparence. C’est exactement ce que je reprochais récemment aux concessionnaires Honda du Québec, dont on sent la créativité s’étioler avec le temps, l’émotion semblant de plus en plus provoquée. Mais il ne faut pas confondre candeur et amateurisme, ce dernier entraînant irrémédiablement la médiocrité.
Est-il possible d’évoluer avec une agence de publicité et de conserver cette candeur? Je crois que oui. Il suffit de travailler avec les bonnes personnes, de se créer un microcosme créatif où les responsabilités sont bien établies et où le seuil de l’excellence sera posé à un niveau élevé. Ensuite, il faut respirer par le nez. Il faut laisser les bonnes idées surgir. Mais plus encore, il faut impérativement conserver, lors des étapes de réalisation et de production, l’énergie initiale, la collégialité, l’esprit de corps entre les individus, clients, créatifs, réalisateurs, équipe technique. La majorité des gagnants du dernier gala des prix Créa semblaient fonctionner dans ce mode. Être stratégique ne signifie pas être ratoureux, ça veut tout simplement dire d’orienter les créatifs sur les bonnes pistes, pour ensuite faire confiance à leur enthousiasme. La candeur fait rire, pleurer, mais avant tout, elle fait «connecter», car on y croit, car on s’y projette. Croyez-moi, c’est la voie que tout annonceur veut emprunter. Et surtout, n'oubliez pas, Super Timor est vraiment le plus fort!
dimanche 3 avril 2011
Le dilemme

vendredi 1 avril 2011
Oui aux Créa, non à la langue de bois!
Hier soir se déroulait le gala annuel des prix Créa qui célèbre la «créativité» des agences de publicité québécoises. Évidemment, pendant ces interminables 150 minutes de la remise des prix, nous avons revu les meilleurs coups des meilleurs créatifs. Rien à redire sur les campagnes en lice ni sur les choix du jury qui, bien qu’étonnants à prime abord dans certains cas, dont celui du Grand Créa attribué à Taxi pour le flambeau olympique de Bombardier, se révèlent après réflexion comme très justes et centrés sur les idées. Je termine en vous parlant brièvement du prix «Coup de cœur» décerné au Monde de Cossette pour la campagne artisanale de la bière Korrigane, montrée en intro. Quelle belle idée que celle d’avoir mis à contribution les talents d’étudiants pour réaliser plus de 1000 publicités totalement faites à la main dans le journal Voir de Québec pour cette bière artisanale ! Un bel exemple de la forme qui devient le message qui transcendera à son tour le caractère différenciateur du produit. Superbe. Enfin, bravo à tous les gagnants, bravo à l'agence LG2 qui a réellement supplanté la concurrence de manière évidente par un volume impressionnant de concepts gagnants. L'édition 2011 était-elle un grand cru? L’avenir nous le dira. Mais c’est réjouissant de voir un concours récompenser les bonnes idées sans trop se laisser berner par l’ampleur des moyens. La créativité c’est avant tout un état d’esprit, et le jury 2011 l’a visiblement saisi au vol. L’ensemble des publicités et campagnes gagnantes sont disponibles ici.
mardi 29 mars 2011
Pas une blague...
Je ne sais pas pour vous, peut-être suis-je défectueux, mais les changements de saisons affectent temporairement mon humeur. Rien de grave, seulement une sensibilité accrue qui devient un peu lourde. Comme si de changer de saison était un pointeur inconscient de la mémoire vers certaines zones du passé, me rappelant certains bon moments comme d'autres plus douloureux. Imaginez, je suis associé d'une entreprise florissante où j'évolue en synergie avec des collègues merveilleux, ma petite famille me comble, mon blogue aussi, j'ai même le loisir de m'exprimer à la télévision sur ce qui me passionne le plus dans la vie, la pub. Quoi demandez de mieux? Et ces changements de saison m'affectent quand même. Alors je n'ose pas trop envisager les émotions qui habitent toutes ces personnes âgées ou en perte d'autonomie qui demeurent par la force des choses dans différents centres de soins de longue durée. Ces gens sont humains, touchants et méritent qu'on les redécouvre. Ils méritent aussi les meilleurs soins. Or, les médecins se font rares. Ce n'est pas une nouvelle réalité, mais cette pénurie persiste et surchauffe un système en mettant beaucoup de pression sur les épaules de certains individus qui, aussi professionnels puissent-ils être, demeurent des êtres humains. Le Groupe Champlain, un client de l'agence où j'évolue, manque de médecins pour certains de ses centres. Les tactiques de recrutement conventionnelles ne fonctionnent plus. Nous avons donc créé la campagne Pas une blague, lancée vendredi dernier. Elle me tient beaucoup à coeur.
Cette campagne repose essentiellement sur un microsite très épuré qui nous montre une vidéo où certains résidents nous racontent des blagues. Certaines sont drôles, d'autres moins, mais là n'est pas l'idée. Ce n'est pas un site d'humour mais bien un site humain. Nous avons tout simplement tenté de démontrer l'esprit qui anime ces personnes vulnérables, au-delà des préjugés. Je ne suis évidemment pas objectif, mais une chose est sûre, ces gens ont besoin de notre soutien. Et notre soutien, c'est de montrer la campagne à notre entourage pour qu'elle fasse des petits et qu'elle se rende aux médecins. Merci d'avance de faire circuler le film à vos proches.
Les Créa, déjà!
Parlant de changement de saison, la soirée des Oscars de la publicité québécoise, le gala des prix Créa, aura lieu ce jeudi soir. Je vais y assister et vous faire part de mes impressions de la soirée, des gagnants et de ce qui ressortira de cet événement, au-delà des apparences. À lire vendredi, pas trop tard je l'espère, mais bon, ça dépendra de l'intensité de la soirée et de l'afterparty…
dimanche 27 mars 2011
Irréversible? Jamais.
Rien n'est irréversible, à part peut-être les maladies graves, la mort, les impôts et une certaine forme de connerie avec un grand «C». Certaines marques, qui étaient moribondes hier, ne le sont plus, Old Spice par exemple, tandis que d'autres, comme Gap, qui surfaient à l'avant-garde, semblent désormais dépassées. Certaines personnes dégringolent pendant que d'autres les remplacent au sommet. C'est la vie. Mais à la base de toute dynamique, quelle qu'elle soit, il y a deux choses: les idées et l'énergie pour les réaliser. Cette énergie, c'est l'intelligence de la planification et la candeur de l'action concertée. Kadhafi tombera, comme Moubarak et Ben Ali et avant lui, mais sans action, sans courage, les idées ne valent pas grand chose et elle meurent, rapidement oubliées. L'idée du progrès, des droits humains, de l'avancement, requiert une bonne dose de lucidité dans cet univers où tout semble si futile. Le problème, c'est que la ferveur est trop souvent associée à de l'idéalisme candide dans notre société du confort trop souvent inutile. Ce cynisme généralisé, cet éteignoir du réel changement, mine notre évolution. C'est ce qu'Amnistie internationale tente de contrer à sa façon, une signature à la fois. Et sa publicité est très efficace.
Le traitement à reculons de cette magnifique publicité montrée en introduction, produite par l'agence La Chose à Paris, c'est le concept. C'est à la fois le message, le bénéfice et les dommages qu'entraînent l'inaction. Les droits humains sont illustrés, oui, bien évidemment. La liberté de presse, les libertés individuelles comme celles des Roms en France, la torture, les exécutions arbitraires, mais au-delà de tout ça, c'est l'action qui prime comme un antidote à la noirceur. Quand je constate le courage manifesté par les femmes et les hommes au coeur de ces révolutions arabes, au coeur d'environnements qui tuaient les libertés dans l'oeuf, je me demande bien humblement si nous ne sommes pas réellement plus dans le noir qu'eux, à constamment chialer contre nos gouvernements tout en ridiculisant notre droit de vote par des taux de participation en décroissance. En laissant trop d'espace aux démarcheurs, en concédant à de stupides petites personnes véhiculant une morale rétrograde le pouvoir d'un pays qui se voulait l'une des plus grandes références en matière de démocratie et de droits humains. Cette publicité a provoqué chez moi de la honte et c'est très bien ainsi. C'est parfois ça le rôle de la publicité, de tenter de nous secouer les puces.
Manifestez, communiquez vos idées, démarrez des mouvements, des entreprises, les cyniques pourront bien rire dans leur barbe à vous regarder aller, mais vous changerez néanmoins le monde à votre façon, pendant qu'eux mourront finalement d'envie d'avoir eu votre courage et votre énergie. Vous pouvez débuter en visitant le site d'Amnistie Internationale et en allant voter de manière éclairée lors des prochaines élections fédérales le 2 mai prochain.